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Blog Temesis - Qualité Web

Normaliser la mesure de la qualité de service

Avant de venir faire l'imbécile sur des choses pas sérieuses, à savoir le Web ;-), je me suis occupé pendant cinq ans environ d'un laboratoire d'oenologie.

Dans l'environnement d'un laboratoire, la gestion de la qualité passe notamment par la connaissance des modes de mesure et par la standardisation des méthodes. C'est ainsi que pour faire accréditer mon laboratoire par un organisme indépendant, j'ai du non seulement mettre au point l'ensemble des procédures de fonctionnement du laboratoire, mais aussi et surtout mettre en application un ensemble de méthodes définies, documentées et acceptées, regroupées dans un fascicule qui s'appelait le programme N° 78 : analyse des vins.

C'est ainsi que pour la mesure de la quantité de sucre, ou de soufre dans un vin, nous devions par exemple vérifier notre capacité à analyser le vin suivant une méthode de référence, et également vérifier notre capacité à délivrer des résultats statistiquement équivalents à la méthode de référence (reproductibilité, répétabilité, incertitude) en utilisant d'autres méthodes moint lourdes à mettre en oeuvre.

Bref, dans un domaine comme l'analyse des vins, nous avions des méthodes de mesure normalisées, et notre travail consistait essentiellement à les mettre en application le plus sérieusement possible, de façon à délivrer des résultats corrects.

Lorsque je parle de résultats corrects, j'entends par là le fait de pouvoir affirmer que la quantité d'un composant se trouve dans la plage d'incertitude donnée, cette incertitude étant calquée sur les besoins des donneurs d'ordre, c'est-à-dire ceux qui utilisent le résultat de mesure (attention à la surqualité ;-)

Bref, car je m'éloigne de mon sujet initial, ce qu'il faut retenir, c'est que nous avions des méthodes, et que nous les utilisions, car c'était la seule façon de pouvoir travailler sérieusement et de pouvoir comparer et utiliser les résultats produits par différents laboratoires, dans différents pays, et pour différentes utilisations.

Quelques années plus tard, je discutais avec un ami entrepreneur, qui dirige une entreprise spécialisée sur la surveillance et la mesure de la qualité de service sur Internet (QoS). Je lui indiquais qu'il me semblait absolument vital et tout à fait inévitable que des entreprises ou des groupements d'entreprises commencent à mettre au point des méthodes standardisées et documentées de mesure de la qualité de service. Autrement dit, avons-nous ce qu'il faut pour comparer des choses comparables.

Alors, qui doit faire ce travail de mise au point des méthodes de référence ?

  • Les centres de recherche ?
  • Les organismes de normalisation ?
  • Les entreprises spécialisées (qui peuvent essayer de faire de leurs propres méthodes les méthodes de références) ?
  • Des groupements d'entreprises ?

D'autres questions se posent également :

  • Comment se fait la mesure ?
  • Depuis combien de points ?
  • Quels chiffres sont vraiment importants ?
  • A partir de combien de mesures un résultat peut-il être considéré comme utilisable ?
  • Quelles sont les attentes des utilisateurs de la mesure ?
  • Quelles sont la reproductibilité et la répétabilité d'une mesure ?
  • Quels organismes respectent ces méthodes ?
  • Existe t-il des organismes tiers de confiance qui pourraient certifier les laboratoires de mesure, car c'est bien comme ça que l'on peut les appeler ?

Bref, sur ce sujet de la qualité de service, où la donnée numérique est reine, vous retrouvez tous les enjeux classiques de la qualité en laboratoire. Dès 2001, je n'avais aucun doute sur la future standardisation des méthodes. D'ailleurs, si les industriels européens de la qualité de service avaient bougé rapidement, il auraient peut-être pu faire de leurs méthodes de mesure la référence absolue en matière de qualité de service. En attendant, ils ont surtout beaucoup avancé et industrialisé leurs process, dans un domaine par ailleurs extrêment concurrentiel, ce qui est quand même extrêmement positif.

En revanche, du côté américain, il semblerait que des méthodes de référence commencent à s'imposer. L'article de 01net publié aujourd'hui au sujet de l'alliance APDEX (oui, oui, une alliance industrielle, l'arme léthale en matière de normalisation industrielle ;-) vous montrera qu'on a peut-être raté le coche, ou qu'en tous cas, il ne faut absolument pas négliger la problématique de la standardisation des méthodes de mesure dans le domaine de la qualité Web. Nous avons sans doute affaire ici aux futures données de référence que nous utiliserons lorsque nous souhaiterons comparer plusieurs applications.

Je vais aller plus loin : ce que nous voyons ici va se produire dans tous les domaines de la qualité Web. Ce que j'affirme ici est sans doute plus compliqué à appréhender que dans le domaine de la qualité de service où les chiffres sont à lecture directe, mais par exemple, Jakob Nielsen n'aura certainement pas le temps de publier plus de 15 ou 20 articles sur le nombre de personnes nécessaires pour évaluer l'utilisabilité d'un site (lisez celui de la semaine) avant que des chiffres, des unités de mesure et des méthodes ne soient choisies, aussi arbitraires soient-ils, qui nous permettront de comparer sur une application les résultats obtenus par différents laboratoires d'ergonomie. Je suis également persuadé que ce sera également le cas en matière d'accessibilité, de qualité logicielle et probablement de conformité aux standards.

Vous l'aurez compris, je suis persuadé que l'avenir de la qualité Web va maintenant se jouer en grande partie sur la standardisation des méthodes de mesure.

Trois blogs sur la qualité et l'accessibilité Web

Depuis quelques mois, je suis abonnés aux fils de syndication de trois blogs écris par des amis belges ou installés en Belgique, et je m'étais promis de vous en parler ici-même :

  • Tout d'abord, et puisque nous avons quand même passé 5 ans dans le même bureau (devrais-je dire dans le même jardin?), commençons par Webaccessibilite.net, le site d'Eric Gateau. Je soupçonne Eric de ne pas beaucoup s'en occuper ces derniers temps, occupé qu'il est par ses activités professionnelles, ainsi que par son dernier bébé quidaccess, mais vous y trouverez rien de moins que les traductions des projets de normes internationales sur l'accessibilité WCAG 2.0
  • Le deuxième blog dont j'ai à vous parler est celui de Monique Brunel, une passionnée des standards et de la qualité Web. Elle effectue un travail de fond considérable sur ces sujets, notamment en Belgique, et vous le verrez, son blog contient une multitude de liens intéressants.
  • Pour finir, le dernier né est 60questions, le nouveau blog que propose Jean-Marc Hardy depuis quelques jours à peine. Autant vous le dire tout de suite, j'attends beaucoup de ce site, car le Monsieur n'est pas tout à fait le premier venu. J'ai fait sa connaissance courant 2000, lorsqu'il proposait le site radioscopie.net, et qu'il avait eu la gentilesse de placer sur toutes ses pages un lien vers e-qualite.com, le site que j'animais à l'époque. Par la suite, j'ai suivi avec énormément d'intérêt les contenus que Jean-Marc proposait sur son site redaction.be, qui à mon humble avis n'a toujours pas été égalé sur le sujet de l'écriture Web. Pour tout vous dire, si j'avais à former des rédacteurs Web, c'est sans hésitation lui que j'appellerais (bon, pour les formations sur la qualité Web, je m'appellerais d'abord moi-même, mais je vous l'accorde, c'est un avis très personnel ;-).

Bref, voilà de la lecture.

La vraie rupture 2.0

Je discutais hier avec Tristan Nitot à propos du passé et de l'avenir du Web. Tristan devait en effet faire une courte intervention au sénat sur ce sujet. Lorsqu'il s'agit de faire un point sur ce qui s'est passé, et sur ce qui risque de se passer dans l'avenir, il est forcément nécessaire d'avoir des repères, des dates clef, bref, de détecter et de comprendre les vrais mouvements de fond qui font avancer notre bel outil.

Evidemment, depuis quelques mois, la notion de Web 2.0 fait couler beaucoup d'encre, et il faut bien le reconnaître, aussi fumeux soit le concept, il est formidablement utile. Il fait comprendre, il fait réfléchir, et il nous pousse à inventer de nouveaux usages. Ceci étant dit, la notion de Web 2.0, typiquement associée au monde technique du logiciel, induit une impression de vraie rupture technologique, assimilable à la sortie d'une nouvelle version du web, ce qui ne me semble pas exact.

Le Web 2.0 est généralement décrit à travers deux aspects :

  • La mise en place d'interactions riches via AJAX (Javascript) ;
  • La coproduction des contenus des services Web par leurs utilisateurs.

Le premier de ces aspects ne constitue nullement une rupture technologique. Si vous le voulez bien, je vais rapidement m'en affranchir, la lecture de quelques articles techniques sur le sujet vous prouvera que les interfaces riches ne sont ni récentes, ni réellement une innovation de rupture. Mon voisin webdesigner Sylvain Bergeon me parlait déjà en 2001 de la mise en place d'applications flash construites sur des interactions avec des données au format XML, quant à l'utilisation de Javascript pour enrichir des applications, ce n'est guère nouveau. La diffusion de technologies basées sur XmlHttpRequest est en soi plus innovante, mais sur le principe, rien de fondamentalement nouveau. Passons donc sur la simple apparition d'un nouvel outil de développement Web.

Le deuxième aspect pourrait apparamment constituer une vraie rupture en matière d'usages, mais si l'on se penche sur l'évolution des services en ligne, on se rend rapidement compte que la notion de coproduction des contenus ne date pas du "boom 2.0"

Alors, où et quand a eu lieu la vraie rupture ?

D'après moi, et pour résumer, celle-ci s'est produit lors de la création des premiers CMS (Systèmes de gestion de contenu).

C'est en effet à ce moment là que nous avons arrété de développer des pages Web liées entre elles pour créer des systèmes permettant d'administrer des ensembles de pages. Cette évolution a fait évoluer le rôle du webmaster, presque au point de faire disparaître la notion même de webmaster. Le développeur web l'a remplacé, et surtout, la voie vers l'ouverture des interfaces Web à de simples contributeurs de contenus était ouverte.

Notons toutefois qu'à ce stade de développement, la notion de contributeur externe n'était pas encore vraiment envisagée, sauf dans le cas très spécifique des forums. Lorsque l'on parlait d'un réseau de contributeurs, on ne parlait que de contributeurs, et sous ce vocable, on désignait en fait les contributeurs internes.

Vous me voyez venir : la révolution d'usages qui est actuellement appelée Web 2.0 n'est autre que l'ouverture des CMS aux contributeurs externes. Que les outils de gestion de contenus soient appelé blogs, wikis, ou CMS classiques n'y change rien. Dans tous les cas, vous retrouverez cette ouverture progressive de ces outils à des contributeurs internes vers les contributeurs externes.

Puisqu'il s'agit de prendre du recul, et de considérer l'évolution du Web sur 15 à 20 ans, il est essentiel de comprendre les vrais points d'inflexion, et sur la durée, je suis persuadé qu'en termes de réfléxion, il sera plus intéressant de considérer que le vrai point d'inflexion a été la création des CMS et non l'ouverture de ces CMS à l'extérieur. Mais je vous rassure, je n'aurai pas la prétention de changer la vision actuelle. J'ai juste l'espoir que lorsque les observateurs se pencheront sérieusement sur l'histoire du développement des services en ligne dans dix ans, ils placeront la vraie rupture au bon endroit.


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