Commençons par déblayer le terrain

Améliorer en continu l'accessibilité d'un projet, répondre à une obligation réglementaire ou encore tenter une labellisation vous conduit fréquemment à rencontrer un obstacle bien particulier. Une série de contenus spécifiques ressort brutalement lors de l'évaluation des erreurs à corriger : ce sont tous ces contenus que vous intégrez immédiatement sans les produire (régies publicitaires) ou qui relèvent de services tiers avec code  HTML-CSS clé en main (météo, cours de la bourse) ou encore de solutions externes (captchas).

A l'usage, ce sont des cas d'échecs en accessibilité très fréquents. Les raisons de l'échec sont le plus souvent complètement triviales : il suffirait par exemple d'ajuster le code d'un simple iframe, d'ajouter une mention de changement de langue ou une alternative textuelle par défaut, ou encore de remédier à une erreur classique d'accessibilité clavier… Bref, la technique est triviale, le souci n'est pas technique, loin de là.

Le souci est que ce n'est en fait pas si évident quand il faut qu'un prestataire tiers ou un service dont on est client prenne en compte une démarche d'accessibilité. Il n'est pas non plus si évident d'anticiper après coup, si on peut dire, le choix du service en question en fonction de sa prise en compte de l'accessibilité. Il peut être difficile, voire impossible, de chercher d'autres services ou d'autres prestataires. Ces difficultés évidentes sont bien-sûr connues. Mais ce n'est pas ce qui nous occupe ici.

Notre souci, dans l'élaboration de la démarche accessibilité du projet (ou dans l'assistance que nous apportons), est d'éviter un autre écueil plus immédiat à la suite de l'audit : celui du choix de la dérogation et d'un mauvais calcul du bénéfice qualité.

À présent, revenons aux bases

Le RGAA prévoit un régime de dérogation pour les "contenus tierce partie" :

  • un "contenu tierce partie" apparaît lorsque "le propriétaire du service de communication publique n’est pas l’auteur des contenus et ne peut donc pas avoir la garantie qu’il est et reste accessible en permanence."
  • dans ce cas, "le responsable du service de communication publique en ligne peut être dans l’incapacité de mettre en oeuvre tout ou partie du RGAA. Il est alors nécessaire de définir les choix et priorités de mise en œuvre et de les consigner dans un document de politique d’accessibilité." Il peut alors "déroger au principe d’accessibilité total du site".

La cause peut donc sembler immédiatement entendue, d'un point de vue "décideur": pour tout contenu tiers, LA bonne décision lors d'une mise en conformité RGAA serait de déroger, puisque le cas est prévu.

C'est irréprochable. Mais ce sera un bien mauvais calcul, s'il est aussi hâtif et massif.

A ce stade de la prise en compte de l'accessibilité dans un projet Web, il faut en effet prendre du recul et se souvenir que le respect formel du RGAA doit être géré dans une démarche qualité globale.

Si notre décideur confronté à cette tentation de la dérogation par défaut pour cause de contenu tierce partie prend ce recul, il lui devient alors évident, par exemple (la liste est extensible) :

  •  que chaque correction obtenue sur chaque service tiers sera une plus-value réelle pour l'expérience utilisateur au sens le plus large. Une alternative textuelle corrigée est une meilleure indexation des contenus. Un gain d'accessibilité clavier profite au confort d'un large public, etc.
  • que chacune de ces améliorations négociée avec un service tiers s'accompagnera d'une meilleure maîtrise des solutions tierces en interne, d'une montée en compétence et d'une gouvernance plus précise.

Pour conclure au moins provisoirement

Bref, et nous en avions conclu là lors de cette mission : face à des services tiers à l'accessibilité améliorable, ne dérogez qu'en dernier ressort et ne négligez pas les occasions de détecter et de corriger des défauts plus larges de qualité interne et externe. C'est l'amélioration de l'écosystème et sa maturation d'ensemble qui aura finalement le plus de valeur ajoutée pour chacun.